(Crédits photo:GettyImages)
Selon une étude datant de décembre 2025 , 27% des Français souhaitent s'expatrier dans la mesure où ils en ont la possibilité. Ce chiffre est en forte augmentation. L'an passé, on ne recensait que 11% de candidats au départ.
La fiscalité est un des moteurs de l'expatriation. Depuis 1982 et l'instauration de l'impôt sur les grandes fortunes par François Mitterrand, la France a connu plusieurs vagues d'expatriation. En 2025, les projets de fiscalisation des holdings patrimoniales, refonte du pacte Dutreil sur la transmission familiale des entreprises, par exemple, ont redonné des envies de départs à de nombreux résidents.
Une pression fiscale élevée
La fiscalité constitue souvent le premier motif rationnel d'expatriation. La France demeure l'un des rares pays européens à maintenir une fiscalité aussi lourde sur le patrimoine. En France, le taux marginal de l'impôt sur le revenu atteint 45%, auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux de 18,6% sur les revenus du capital. Pour un foyer aisé, la charge fiscale globale peut dépasser 60% des revenus. L'impôt sur la fortune immobilière (IFI), s'appliquant dès 1,3 million d'euros de patrimoine immobilier net, ajoute une taxation annuelle pouvant atteindre 1,5% pour les patrimoines les plus élevés. La fiscalité en matière de succession avec des taux pouvant atteindre 45% en ligne directe au-delà de 1,8 million d'euros par enfant constitue également un motif de départ.
Attention à l'Exit Tax
L'Exit Tax concerne les contribuables ayant résidé en France 6 ans sur les 10 dernières années et détenant plus de 800 000 euros de titres ou 50% d'une société. Il s'agit d'un impôt sur les plus-values latentes, généralement prélevé au taux global de 30% (Flat Tax), incluant impôt sur le revenu et prélèvements sociaux. Pour les départs en direction de l'Union européenne, un mécanisme de sursis de paiement s'applique automatiquement tant que les titres ne sont pas vendus. Pour les expatriations en direction de pays tiers à l'Union européenne, le sursis de paiement s'applique sur demande et avec présentation de garanties. Un dégrèvement est possible si les titres sont conservés pendant une durée de 2 ou 5 ans après le départ, selon la valeur du patrimoine de l'expatrié.
Portrait-robot des expatriés
La radiographie des expatriés établie par Bercy (âge, niveau de fortune…)
Portrait-robot des candidats au départ et leurs différents besoins en fonction de leur situation professionnelle et personnelle (âge, enfants, problématiques de transmission) et des incitations fiscales qu'ils privilégient.
Les retraités
Les investisseurs
Les chefs d'entreprise
Partir : oui mais comment ?
Dès lors que sa résidence fiscale est établie en France, la personne est imposable en France sur ses revenus mondiaux. Contrairement aux idées reçues, il ne suffit pas de passer 183 jours hors de France pour se soustraire au pouvoir de Bercy. Sous réserve des conventions fiscales internationales, un contribuable est considéré comme domicilié fiscalement en France s'il remplit au moins un des critères suivants :
Il a en France son foyer ou, à défaut, le lieu de son séjour principal.
Il exerce en France une activité professionnelle, salariée ou non, sauf s'il est établi le titre accessoire de cette activité.
Il a en France le centre de ses intérêts économiques.
Il est donc nécessaire de rompre toutes vos attaches en France pour échapper à ces critères.
La notion de foyer : que faire de l'appartement familial ?
Concrètement, il ne faut plus détenir d'actifs physiques en France. L'appartement familial, la résidence secondaire peuvent être considérés par Bercy comme les éléments d'un foyer fiscal, surtout si vous continuez à vous y rendre, y disposez d'une boite aux lettres, un de vos enfants est resté en France étudier…
Le calcul des 183 jours
En principe, un contribuable résidant plus de 6 mois à l'étranger, soit 183 jours, n'est pas considéré comme résident fiscal en France. L'administration fiscale est pointilleuse sur ce sujet. Elle peut s'appuyer sur de nombreux indices pour évaluer la durée de vos séjours en France, y compris vos consommations énergétiques en France, ou se fonder sur vos réseaux sociaux pour reconstituer vos déplacements afin de prouver le dépassement de vos 183 jours de présence sur le territoire national.
La notion d'activité professionnelle en France
Les personnes continuant à exercer leur activité professionnelle, salariée ou non, en France sont considérées comme domiciliées en France. D'où l'intérêt de cesser votre activité, sauf si vous pouvez établir qu'elle est exercée uniquement à titre accessoire.
La notion de centre des intérêts économiques
La notion de centre des intérêts économiques correspond au lieu où un contribuable a effectué ses principaux investissements, où il possède le siège de ses affaires, d'où il administre ses biens. Il est nécessaire de vérifier si le patrimoine détenu en France est productif de revenus et de s'assurer que ces revenus sont significativement inférieurs à ceux perçus dans d'autres pays.
Quid des revenus de sources françaises ?
Les revenus de sources françaises demeurent imposables en France y compris si vous avez cessé d'être résident de France. Cette règle concerne les revenus provenant de biens immobiliers, des revenus professionnels issus d'activités en France. Elle s'applique également aux pensions, rentes viagères, droits d'auteur… provenant de France. L'application des conventions fiscales avec notamment le mécanisme de crédits d'impôts permet de limiter les risques de double imposition.
Ces destinations favorites des Français
L'Italie
Depuis 2016, le régime des neo-residenti permet aux contribuables ayant résidé hors d'Italie pendant au moins neuf des dix dernières années de s'acquitter en lieu et place de l'imposition progressive de l'IRPEF (impôt sur le revenu italien) d'un impôt forfaitaire annuel couvrant l'ensemble de leurs revenus de source étrangère. Cette flat tax de 100 000 euros par ans pendant 15 ans couvre tous les revenus de source étrangère, à l'exception des plus-values mobilières durant les cinq premières années. La flat tax a été augmentée à 200 000 euros pour les nouveaux arrivants à compter du 10 août 2024. Elle pourrait passer à 300 000 euros pour les futurs nouveaux résidents, au début de l'année 2026. Autres atouts : l'exonération des impôts italiens sur la fortune étrangère (IVIE et IVAFE), et l'exonération des droits de donation et de succession sur les actifs situés hors d'Italie.
Le Portugal
Le régime de résident non habituel (RNH) qui permet aux nouveaux arrivants, notamment retraités, vivant au moins la moitié de l'année au Portugal de bénéficier d'une exonération fiscale pendant une durée de 10 ans, a attiré de nombreux Français. Cette exonération était totale, depuis 2009. Avec la réforme de 2020, les nouveaux arrivants retraités ont pu bénéficier d'un taux d'imposition réduit de 10 %. Les résidents non habituels bénéficiaient également d'une exonération fiscale totale pour les donations/successions entre époux, descendants ou ascendants et d'taux forfaitaire de 10% pour les autres donataires. Enfin, ils ne se voyaient appliquer aucun impôt sur la fortune. Le gouvernement a mis fin à ces cadeaux fiscaux en 2024 mais pérennisé les allégements fiscaux en vigueur pour les résidents étrangers qui en bénéficient déjà. Un nouveau régime IFICI+ a été mis en place au 1er janvier 2025 avec un taux d'imposition de 20% pour les professionnels qualifiés exerçant dans des secteurs ciblés (enseignement supérieur, recherche, innovation, start-ups). Le Gouvernement réfléchit actuellement à réintroduire de nouvelles mesures.
Dubaï
De nombreux entrepreneurs et professions libérales envisagent une installation à Dubaï. Dans cette cité- État, les résidents bénéficient d'un régime fiscal extrêmement avantageux : il n'y existe pas d'impôt sur le revenu pour les personnes physiques. L'absence d'impôt sur la fortune ou d'impôt sur les successions et un impôt sur les sociétés à 9% au-delà de 375 000 AED depuis 2023 comptent également parmi ses sérieux atouts.
La Suisse
La Suisse reste une des destinations préférées des Français à l'étranger. L'imposition fédérale est uniforme sur tout le territoire (11,5%), mais reste fortement variable à l'échelle cantonale. Le régime du forfait fiscal permettant aux expatriés de s'acquitter d'un impôt en fonction de leurs frais de séjour plutôt qu'en fonction de leurs revenus, est également variable selon les cantons. Certains cantons ont supprimé ce régime. Le régime du forfait fiscal est ouvert aux personnes physiques s'installant pour la première fois en Suisse, ou y revenant après au moins dix ans d'absence. Ce régime est réservé aux contribuables n'exerçant aucune activité professionnelle en Suisse et dont les revenus proviennent exclusivement de l'étranger. Pour valider la base d'information forfaitaire, une négociation est généralement menée avec l'administration fiscale. Les futurs expatriés doivent prévoir de s'acquitter le cas échéant d'un impôt annuel sur la fortune, portant sur l'ensemble des actifs du contribuable (immobilier comptes financiers…) et dont le taux progressif peut monter jusqu'à 1% en fonction des cantons. Enfin, avantage significatif, dans la plupart des cantons, il n'existe pas d'impôt sur les successions.
Ile Maurice
Avec un taux d'imposition sur le revenu plafonné à 15%, une absence d'impôt sur les dividendes et les plus-values, pas d'impôt sur la fortune et pas de droits prélevés sur les successions, l'Ile Maurice offre un régime fiscal attractif. Pour être résident, il convient d'obtenir un permis de résidence délivré par l'agence nationale du développement économique mauricienne, l'Economic Development Board (EDB), privilégiant les expatriés susceptibles de participer à la création de richesses. L'île attire les entrepreneurs avec un taux d'imposition sur les revenus des entreprises particulièrement compétitif (15%). Nombre d'entreprises domiciliées à Maurice peuvent en outre profiter de taux d'imposition préférentiels plus faibles.
Belgique
La Belgique reste une destination prisée par les Français expatriés. La fiscalité des revenus du travail peut s'avérer lourde en Belgique pour les actifs même si certains expatriés peuvent bénéficier du régime des « contribuables impatriés et chercheurs impatriés » mis en place en 2023, permettant aux salariés concernés de se voir rembourser ou indemniser une partie de leurs frais d'expatriation par leur employeur en franchise d'impôt. En revanche, les règles de taxation du patrimoine sont attractives pour les contribuables les plus fortunés : pas d'impôt sur la fortune, et pas d'impôt sur les plus-values mobilières. Cependant une nouvelle taxe de 10% (avec un régime plus favorable pour les participations substantielles) doit s'appliquer aux plus-values réalisées sur les actifs financiers (actions, obligations, devises, crypto-monnaies), avec une exonération générale de 10 000 euros à partir du 1er janvier 2026.
Ce contenu a été produit par Le Particulier pour BoursoBank
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